Giono un auteur essentiel qu'il est interdit de réduire au folklore provençal
"Marcher dans la nuit avec Giono".
Cantonner Jean Giono aux lueurs chromos de la haute provence d'antan serait une grave erreur.
Une erreur que j'ai failli faire.
Il y a pourtant chez l'auteur né et mort à Manosque, une mythologie bâtie autour d'une nature âpre, vivante, indomptée. Les hommes évoluent dans le dédale des collines, dans des villages aux contours étroits, entourés du murmure des fleuves et rivières comme des êtres murés dans leurs passions fragiles et traversés d'élans inconséquents.
Les personnages de Giono sont toujours au bord du précipice, prêts à être aspirés par quelques grand combe profonde et ténébreuse, ils recherchent le gain facile, la fille leste, l'amour enfui, ils se jalousent et se mentent mais sont condamnés à vivre ensemble et à se sauver ou se perdre ensemble.
"Les grands chemins" que je viens d'entamer montre un homme seul qui marche dans la nuit à la recherche d'un gîte pour dormir. Et c'est un peu toute l'histoire de l'humanité qui est résumée dans ces pages essentielles.
Je suis un garçon de Provence qui a quitté sa terre voilà déjà longtemps pour parcourir le monde et en mesurer l'étendue. Mais au fond je marche toujours dans la nuit sur les hautes terres où j'ai grandi.
Nous cherchons tous un gîte fraternel au contact de nos semblables. La nuit est faite de grands chemins et de collines sombres et en marchant nous domptons notre peur et capturons des lueurs d'étoile au passage.
ces feux mal éteints, ces torches qui brûlent, la main qui se tend et qui rassure. : Voilà la dignité et la force de Giono. Dire la fraternité sur terre, la fraternité née de la terre et des hommes, face a l'immensité de la nuit…