Une raclette pour Ernaux, et sans honte avec ça

il est devenu impossible de prononcer son nom sans se faire, immédiatement, agonir d'injures et suspecter illico du plus vil antisémitisme abject. Et oui, gros, Annie Ernaux, pour certains, c'est pas beau !

La littérature, mon cul !
3 min ⋅ 09/12/2022

 

Les temps sont durs pour Annie Ernaux et pour les admirateurs de son œuvre. Son Nobel semble fait de plomb et la littérature prise en otage d'autres causes que la sienne. Elle qui n'en a pas, d'ailleurs. 

Oui, gros : Annie Ernaux est devenue synonyme d'infâme depuis qu'on a excipé ses attaques contre Israël et sa politique...

Son lectorat est rangé au rayon de l'infamie, et je suis très embêté. Ami du Juif comme de l'Arabe, cosmopolite de la race des universalistes, j'aime beaucoup Ernaux depuis le choc de la découverte de "la place" œuvre majeure sur l'assignation sociale et culturelle et sur le chemin de l'écriture pour s'en émanciper. 

Je ne me voyais pas boycotter une autrice adorée sous prétexte de ses déclarations à la con. Antisioniste ? peut-être. mais alors que font le MRAP, SOS et toutes nos grandes âmes vertueuses ? il faut attaquer illico en justice, faire abjurer la dame, et organiser très vite un bûché pour ses livres honnis ! non ?

Dommage que pas une des lignes imprimées de son œuvre  ne contienne une once de vilénie punie par nos lois. S'il y a des Torquemada de réseaux sociaux qui pullulent, il y a encore des principes protégés par notre République qui empêche de vider les librairies et de brûler les auteurs. 

Personnellement  j'ai pris mes responsabilités, réuni quelques amis , et me suis lancé dans la seule œuvre utile en ces temps hostiles à tout ce qui pense, à tout ce qui ne bêle pas avec la horde des moutons aux longues dents : J'ai organisé une raclette (lol) pour débattre de "la honte", un de ses livres majeurs.

La raclette, institution patriotique française que peu de nations nous envient tant le cholestérol est nuisible à l'espérance de vie. 

Verdict après bombance de charcutaille et de fromage fendu, et au terme de 1heure et demi de discussion  : La Honte est une œuvre magistrale et Ernaux mérite son Nobel : Elle qui sait quitter Yvetot, la commune normande de son enfance, pour atteindre l'universel, en nous parlant de gène sociale, de parlé populaire, elle qui remonte le fil de ses souvenirs pour reconstituer la France des années 60 au fil de ses mots...

personne n'aura parlé de ses positions politiques mais nous avons tous parlé de ses livres et des émotions ressenties à leur contact. 


Conclusion : Je crois que ses contempteurs ne l'ont jamais lue. ils seront privés de raclette. je ne les inviterai pas chez moi :))




La littérature, mon cul !

Par Boris Faure

Ex plume de la ministre de la francophonie (2012-2014) , auteur et chroniqueur pour differents médias (Lesfrancais.press, Franc-Tireur, Sud Radio) Je vis depuis 20 ans à l'étranger. Après Maurice et la Pologne j'ai posé mes valises à Bruxelles où je suis membre d'un club littéraire depuis 10 ans.

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