Pacadis ! ou la critique rock flamboyante et désespérée

un hommage à Alain Pacadis critique rock mythique des années Punk...

La littérature, mon cul !
3 min ⋅ 30/11/2022

Si un karma dérèglé m'offre un jour une réincarnation flamboyante et foireuse, je veux pouvoir me réincarner en Alain Pacadis.

Bien sûr la jeunesse énervée qui vote LFI aujourd'hui en pensant que c'est le dernier des gestes punk ignore sans doute tout du critique rock le plus habité de sa génération.

Mort en 1986 à 37 ans, junkie, désespéré, PD romantique, Pacadis aura été le chroniqueur de son époque vue des caves de repet' glauques, des concerts cradingues et des happenings culturels loufoques de Paname. 

Pacadis c'est un journal intitulé "un jeune homme chic" dont la lecture restitue une élégance de plume mise au service d'une vie de mélomane punk et d'écorché vif du night clubbing. 

c'est sûr que ça change des youtubers tartignoles et des invitations humiliantes chez Hanouna...

Pour ses quelques milliers de lecteurs dans Libé Pacadis aura été un formidable prescripteur musical, une sorte d'anti-héros délabré mais inspiré.

Il aura connu le Libé de l'âge d'or à l'époque où c'était encore un canard de gauche fauché et expérimental, il aura connu aussi les années Palace, la coke et le Brown Sugar et la bonne vieille defonce à la binouze. On s'étonne même qu'il ait pu atteindre la trentaine...

il prend à bras le corps la vague Punk  marchant sur les brisées des Stinky Toys, ce groupe français qui incarne a lui tout seul la vague de rock pressé, violente et désespérée du punk français. Ce mouvement  fera  les beaux jours, à New-York, d'un club comme le CBGB et sa scène microscopique. Dans la chronique de Pacadis on croise les New York Dolls, les Sex Pistols, Patty Smith mais aussi des réalisateurs comme Philippe Garrel prouvant que l'approche de Pacadis relevait d'une esthétique artistique plus que d'un seul genre musical.

Un homme qui se couchait trop tard et qui a vécu très vite. Il n'aurait pas aimé notre époque qui manque trop de poésie urbaine et qui regorge à l'excès de trottoirs encombrés de trottinettes et de cyclistes béats. L'hygiénisme post covid ce n'est pas très chic...Et nous ne sommes plus des jeunes hommes. Je crois que c'est raté pour ma réincarnation.

La littérature, mon cul !

Par Boris Faure

Ex plume de la ministre de la francophonie (2012-2014) , auteur et chroniqueur pour differents médias (Lesfrancais.press, Franc-Tireur, Sud Radio) Je vis depuis 20 ans à l'étranger. Après Maurice et la Pologne j'ai posé mes valises à Bruxelles où je suis membre d'un club littéraire depuis 10 ans.

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